Numéro 44. altermondialisme et anticapitalisme

Septembre 2008

Numéro disponible en ligne sur le site du Cairn : http://www.cairn.info/revue-actuel-marx.htm


[Sommaire] [Présentation] [Auteurs] [Abstracts]          

 

SOMMAIRE

Présentation

Dossier coordonné par J. Bidet et G. Duménil : Altermondialisme/anticapitalisme

Discussion avec A. Callinicos, D. Jervolino, M. Harneker, W. Haug, M. Modonesi, H. Wainwright : Que pensent les marxistes de l’altermondialisme ?

D. Plihon, L’altermondialisme, version moderne de l’anticapitalisme ?

E. Terray, L’État-nation vu par les sans-papiers

S. Treillet, L’instrumentalisation du genre dans le nouveau consensus de Washington

M. Löwy, Crise écologique,  capitalisme, et altermondialisme.  Un point de vue éco-socialiste

J.-M. Harribey, Économie politique de la démarchandisation de la société

Y. Salesse, Des « proportions alternatives » au «programme de transformation sociale »

G. D. Lávy, C.Duménil, Cadres et classes populaires : entre gauche traditionnelle, altermondialisme et anticapitalisme

 Interventions

M. Postone, Théorie critique et réflexivité historique

N. Tertulian, Le concept d’idéologie dans l’Ontologie de l’être social

J. Bidet, Court Traité des Idéologies

A. Tosel, Pratique marxienne de la philosophie, raison et tiers symbolique

M. Maesschalck, Aliénation et identité. Confrontation des approches pragmatistes du religieux avec celle de la Théologie de la libération

Entretien de D. Cohen et J. Guilhaumou avec G. Noiriel :

L’histoire en mouvement, science et démocratie

 

L’altermondialisme est la visée explicite d’un ensemble d’organisations qui se rencontrent notamment dans des forums mondiaux ou régionaux. C’est aussi, plus largement, un vaste courant d’opinions et d’impulsions politiques qu’aucune organisation ou institution ne peut résumer ni représenter à elle seule, et qui, depuis une dizaine d’année, s’est imposé comme l’une des principales forces de propositions en matière de transformation sociale.

L’altermondialisme est aujourd’hui marqué par un clivage entre deux options divergentes dont les enjeux concernent tout à la fois l’analyse du monde actuel, les stratégies politiques et les perspectives programmatiques. Doit-il se contenter de fédérer les résistances au néolibéralisme et à ses excès ? Ou doit-il plus fondamentalement chercher à remettre en cause les mécanismes fondamentaux de l'appropriation et de la domination capitalistes, en un sens proprement anticapitaliste, que les voies en soient réformistes ou révolutionnaires ?


PRESENTATION

 L’altermondialisme est la visée explicite d’un ensemble d’organisations, dont les temporalités et les objectifs ne sont pas nécessairement concordants et qui se rencontrent dans des forums mondiaux ou régionaux. Mais c’est aussi, plus largement, un vaste courant d’opinions et d’impulsions politiques qu’aucune institution ne peut résumer ni représenter à elle seule, et qui commence à se faire entendre dans les affaires du monde.

L’altermondialisme est néanmoins traversé par un clivage entre deux options antagonistes. Doit-il se définir comme un rassemblement large, capable de fédérer des opinions qui répugnent aux excès propres à la dernière phase, néolibérale, du capitalisme ou comme un mouvement visant à remettre en cause les mécanismes fondamentaux de l'appropriation et de la domination capitalistes, en un sens proprement « anticapitaliste », que les voies en soient réformistes ou révolutionnaires ? Telles sont les interrogations qui fournissent son objet au dossier de ce numéro d’Actuel Marx, à la suite du Congrès Marx International V (Paris, octobre 2007)

Le dossier s’ouvre sur une discussion entre des chercheurs de divers pays, qui sont aussi des acteurs sociaux, autour de la signification du mouvement altermondialiste et des perspectives qui lui sont ouvertes. S’agit-il d’une simple initiative conjoncturelle, vouée à sombrer dans la routine ou, au contraire, d’une force d'avenir, désormais incontournable, inscrite dans la dynamique de notre temps ? Et quel rôle peut y jouer le marxisme ?

Les articles qui suivent fournissent un échantillon des réflexions et recherches conduites, dans les batailles politiques et sociales récentes, par des laboratoires d'idées importants de la « gauche de gauche » française, tels que ATTAC et la Fondation Copernic. L’examen, auquel se livre Dominique Plihon, des divers courants de pensée qui influencent la mouvance altermondialiste − inspirés du marxisme, du post-marxisme à la Negri ou de la critique keynésienne de la finance − semble montrer que la première tendance, celle qui cherche à rassembler sur la base la plus large, l’emporte largement. Une radicalisation du mouvement se heurte en effet à trois grands obstacles : l’arrogance impériale des centres développés, l’inscription de la domination masculine dans les logiques néolibérales et l’inexorable dérive productiviste-destructiviste de l’économie capitaliste. À quelles conditions ces obstacles pourraient-ils être surmontés ?

Vient, en premier lieu, l’exigence d’une véritable révolution copernicienne, qui fasse apparaître l’ordre social du point de vue de l’humanité dans son ensemble, du point de vue du plus grand nombre. C’est en ce sens qu’Emmanuel Terray démontre, par l’absurde, comment se retourne la belle figure de l’État-nation quand on la considère du point de vue des sans-papiers. Elle s’impose massivement comme un obstacle au droit humain le plus fondamental, celui de se déplacer − remplacé par celui des puissants à réduire les plus faibles au statut d’illégaux ou à les enfermer dans ces sortes de Bantoustans que l’Europe édifie graduellement autour d’elle. En second lieu, comme le montre Stéphanie Treillet, les mouvements féministes doivent se mettre en position d’affronter de nouveaux défis, tels que ceux qui dérivent du « consensus de Washington », intégrant la question du genre dans une grille libérale de marchandisation généralisée, ce qui suppose la défense intransigeante de l’indépendance de ces mouvements dans la lutte universaliste pour les droits des femmes. Il faut enfin qu’il soit compris que la lutte écologique et la lutte sociale ne peuvent se développer qu’en se dynamisant l’une par l’autre, et c’est ce qu’illustre Michael Löwy, à partir de l’exemple de la jonction opérée, au Brésil, entre le mouvement Justice Globale et celui des Paysans sans terre.

Pour y voir vraiment clair, il faut affronter tout à la fois des questions de refondation économique, de stratégie politique et d’analyse de classe. D’où les trois axes de réflexion qui viennent clore ce dossier. Il convient, tout d’abord, de revaloriser l’idée du caractère véritablement productif des activités économiques publiques, qui contribuent à la démarchandisation de la société et anticipent de façon pratique sur un au-delà du capitalisme. C’est dans ce sens que va l’essai théorique de Jean-Marie Harribey. Mais la mise en avant de programmes de transformation d’ensemble de la société suppose également que l’on sache faire converger des citoyens dont les conceptions et les attentes sont différentes. Yves Salesse expose ainsi la méthode de travail qui a été suivie dans le processus de rassemblement à gauche des années 2006-2007, au sein duquel il a joué un rôle de coordination. Une expérience d’avenir, qui cherche à traduire dans l’espace national les perspectives de l’altermondialisme. Enfin, il faut que soient identifiées les bases sociales d’une alternative. C’est l’objet de l’analyse de Gérard Duménil et Dominique Lévy, qui voient dans une alliance à gauche entre une fraction des cadres des secteurs public et privé et les classes populaires la condition d’une dynamique de changement, graduelle ou radicale, anticapitaliste à des degrés divers. Il convient à la fois de renouer avec le compromis social-démocrate de l’après-guerre et de le dépasser, lui qui n’a su résister, notamment, ni à ses vieux démons impérialistes ni à la dérive de la destruction écologique. C’est aux forces populaires qu’il revient aujourd’hui d’imposer les formes les plus larges et les plus directes de mobilisation démocratique.

La partie hors dossier prolonge les réflexions engagées dans le dossier précédent, consacré à la critique de l’idéologie, en posant la question du statut de ces trois exemples typiques de formation idéologique que sont le discours philosophique, le discours politique et le discours religieux. Nicolas Tertulian commence par rappeler les grandes lignes de la théorie lukacsienne de l’idéologie et la manière dont elle a porté contre la philosophie de son temps. Jacques Bidet explique ensuite pourquoi le cadre normatif de la modernité ne peut pas être réduit à une simple idéologie. Moishe Postone et André Tosel s’interrogent, quant à eux, sur le sens de la critique marxienne de la philosophie, le premier soulignant l’importance de la transformation en théorie sociale, le second celle de la critique rationaliste de la religion. C’est à la religion également que Marc Maesschalk a consacré ses analyses, en expliquant pourquoi les approches pragmatistes ne peuvent rendre compte de ce qui doit être thématisé en termes d’idéologie et d’aliénation.

Enfin, dans le cadre de la réflexion entamée dans les précédents numéros sur les formes de politisation des sciences sociales, un entretien de Déborah Cohen et Jacques Guilhaumou avec Gérard Noiriel donne l’occasion à ce dernier de revenir sur son trajet et sur les positions historiographiques et politiques qu’il défend aujourd’hui.


AUTEURS

 Jacques Bidet, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris-X, directeur honoraire de la revue Actuel Marx, co-Président du Congrès International Marx. Récentes publications, aux PUF : Théorie générale, Théorie du droit, de l’économie et de la politique (1999), Que faire du Capital ? (2000), Explication et reconstruction du Capital (2004), Altermarxisme, Un autre marxisme pour un autre monde (avec Gérard Duménil, 2007). Pour les traductions de ces ouvrages et d’autres articles : http://perso.wanadoo.fr/jacques.bidet/

Alex Callinicos est Professeur d’Études européennes au King's College London après avoir longuement enseigné à l’University of York. Il a notamment publié : The Revolutionary Ideas of Karl Marx (Bookmarks, 1983, à paraître prochainement en français), Making History (Polity Press, 1987, deuxième édition en 2004), Social Theory (Polity Press, 1999, 2007²), Equality (Polity Press, 2000), An Anti-Capitalist Manifesto (Polity Press, 2003), The New Mandarins of American Power (Polity Press, 2003), et The Resources of Critique (Blackwell, 2006). Il prépare actuellement un livre sur la théorie de l’impérialisme.

Gérard Duménil est économiste, directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (EconomiX, Université de Paris X-Nanterre). Outre de nombreux articles (http://www.jourdan.ens.fr/levy), il a publié plusieurs ouvrages dont Le concept de loi économique dans « Le Capital » (avant-propos de Louis Althusser, Maspero, 1978) et Marx et Keynes face à la crise (Economica, 1977). En collaboration avec Dominique Lévy, dans la collection Actuel Marx Confrontations des Presses Universitaires de France : La dynamique du capital, un siècle d'économie américaine (1996), Au-delà du capitalisme (1998), Crise et sortie de crise. Ordre et désordres néolibéraux (2000), et dans la collection Repères à La Découverte : Économie marxiste du capitalisme, 2003. En anglais : The economics of the Profit Rate (Edward Elgard, 1993), Capital Resurgent. Roots of the Neoliberal Revolution, (Harvard University Press, 2004). En espagnol: Crisis y salida de Crisis, (Fondo de cultura económica, 2007). Vient de paraître, en collaboration avec Jacques Bidet, Altermarxisme. Un autre marxisme pour un autre monde. Presses Universitaires de France, Paris, 2007.

Marta Harnecker est psychologue, écrivain et journaliste. Elle vit actuellement au Venezuela où elle est conseillère de diverses institutions, dont le Centre International Miranda. Elle est l’auteur de plus de 70 livres, dont le plus connu est Los conceptos elementales del materialismo histórico, Siglo XXI, 1969, réédité à 63 reprises. Son livre Haciendo camino al andar, Flasco, 1995, a remporté le prix national du livre vénézuélien en 2006. Un de ses livres les plus importants est Haciendo posible lo imposible: La Izquierda en el Umbral del Siglo XXI, Siglo XXI, 1999. Elle a publié en 2002 un recueil d’entrevues avec le Président vénézuélien : Hugo Chávez Frías. Un Hombre (diverses éditions en diverses langues). Son dernier ouvrage est Transfiriendo poder a la gente, coédition Monte Ávila/CIM, Venezuela, 2008.

Jean-Marie Harribey est maître de conférences en économie à l'Université Bordeaux IV, Co-président d'Atttac depuis 2006. Il a publié : L'économie économe (L'Harmattan, 1997), Le développement soutenable (Economica, 1998), La démence sénile du capital (Éditions du Passant, 2002, réédité en 2004). Il a dirigé : Capital contre nature (avec Michael Löwy, PUF 2003), Le développement a-t-il un avenir ? (pour Attac, Mille et une nuits, 2004), Le Petit Alter, Dictionnaire altermondialiste (pour Attac, Mille et une nuits, 2006), Le développement en question(s) (avec Eric Berr, PUB, 2006).

Wolfgang Fritz Haug, philosophe, a fait sa carrière à la Freie Universität Berlin. Directeur de Das Argument, qu’il a fondé en 1958, il publie, depuis 1994, le monumental Historisch-kritische Worterbuch des Marxismus, (Dictionnaire historique et critique du marxisme). Il a notamment écrit : Kritik der Warenästhetik (1971, rééd. Suhrkamp, 2009), Critique de l’esthétique de la marchandise, traduit dans de nombreuses langues, Neue Vorlesungen zur Einführung ins Kapital, (1976, rééd. Argument Verlag, 2006) et High-Tech-Kapitalismus (Argument Verlag, 2003). On peut lire son intervention au Congrès Marx V, 2007, « On the Dialectics of Anti-Capitalism », sur le site de la revue Actuel Marx.

Domenico Jervolino est professeur de philosophie à Naples. Sa production philosophique  inclue livres et essais en plusieurs langues et vise à une fécondation réciproque entre herméneutique, marxisme e pensée de la libération. Il a publié  en France chez Ellipses : Ricoeur. Une herméneutique de la condition humaine (2002) et Ricoeur. Herméneutique et traduction (2007). Co-fondateur du mouvement des Chrétiens pour le socialisme dans les années 70, engagé  dans le travail culturel des revues de gauche au niveau international, ancien directeur de la revue Alternative, dirigent du parti Rifondazione comunista.

Dominique Lévy est économiste, directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (PSE, Paris X). Outre de nombreux articles (http://www.jourdan.ens.fr/levy), il a publié plusieurs ouvrages en collaboration avec Gérard Duménil, dans la collection Actuel Marx Confrontations des Presses Universitaires de France: La dynamique du capital, un siècle d'économie américaine, 1996 ; Au-delà du capitalisme, 1998 ; Crise et sortie de crise. Ordre et désordres néolibéraux, 2000 ; Économie marxiste du capitalisme, Collection Repères, La Découverte, 2003. En espagnol: Crisis y salida de Crisis (Fondo de cultura económica, 2007). En anglais : The economics of the Profit Rate (Edward Elgard, 1993), Capital Resurgent. Roots of the Neoliberal Revolution (Harvard University Press, 2004).

Michael Löwy est sociologue. Brésilien d’origine, il vit à Paris depuis 1969. Directeur de recherche (émérite) au CNRS et enseignant à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, il est l’auteur de dix-huit livres parus en vingt-neuf langues dont : Paysages de la vérité. Introduction à une sociologie critique de la connaissance (Anthropos, 1975), Walter Benjamin. Avertissement d’incendie. Une lecture des thèses ‘ Sur le concept d’histoire’, (Presses Universitaires de France, 2001) et Franz Kafka, rêveur insoumis (Stock, 2004).

Marc Maesschalck est professeur de philosophie à l’Université Catholique de Louvain (UCL) et aux Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles. Il dirige une équipe de recherche au sein du Centre de Philosophie du Droit présidé par Jacques Lenoble. Il est l’auteur de nombreux ouvrages d’histoire de la philosophie moderne, d’éthique sociale et de philosophie politique dont Politique et pouvoir. Les impasses de la pensée politique postmoderne (Publication des Facultés Saint Louis, 1992), Normes et contextes (Olms, 2001) et Toward a Theory of governance (Kluwer, 2003).

Gérard Noiriel, historien, est directeur d’études à l’EHESS. Depuis Les Ouvriers dans la société française (19ème-20ème siècles) (Seuil, 1986) et Le Creuset français; histoire de l'immigration (19ème-20ème siècle) (Seuil, 1988), il a écrit de nombreux ouvrages dont récemment Les Fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels (Fayard, 2005) et Immigration, antisémitisme et racisme (XIXe –XXe siècle). Discours publics, humiliations privées (Fayard, 2007).

Massimo Modonesi est historien et sociologue. Professeur de l’Université Nationale Autonome du Méxique (UNAM), il est membre des comités de rédaction des revues Memoria (Mexique), Andamios (Mexique), OSAL (CLACSO, Argentine). Il est l’auteur de plusieurs livres et essais sur les gauches socialistes et communistes au Mexique et en Amérique Latine.

Dominique Plihon est professeur d’économie à l’université Paris – Nord. Son principal domaine de recherche est la finance internationale. Il est président du conseil scientifique d’Attac. Parmi ses ouvrages récents : Le nouveau capitalisme (La Découverte, 2007), Les crises financières (en coll. avec R. Boyer et Mario Dehove, Conseil d’Analyse Économique, 2004).

Yves Salesse a été dirigeant de la LCR et secrétaire du syndicat CGT des cheminots de la gare du Nord. Après une licence d'économie, il a fait l'ENA (3e voie). Il est aujourd'hui Conseiller d'État. Il a participé de 1997 à 1999 au cabinet de J.-C. Gayssot, ministre des transports, qu'il a quitté en raison de son désaccord avec la politique menée. Co-président de la fondation Copernic, il a été à l'initiative de « l'Appel des 200 » contre le traité constitutionnel européen et a été l'un des initiateurs de cette campagne. Il a ensuite milité pour des candidatures unitaires aux élections présidentielle et législatives de 2007. Il a coordonné l'élaboration du document « Ce que nous voulons » (125 propositions) adopté par les collectifs pour ces candidatures unitaires. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Propositions pour une autre Europe: construire Babel (Félin 1997), Réformes et révolution : propositions pour une gauche de gauche (Agone 2001) et Manifeste pour une autre Europe (Félin 2004). 

Emmanuel Terray est anthropologue. Longtemps proche de Louis Althusser, il déploie aujourd’hui sa recherche et son engagement notamment dans les questions de la migration postcoloniale. Parmi ses nombreux ouvrages, on notera Le marxisme devant les sociétés « primitives », Deux études (Maspéro, collection « Théorie », 1969), La politique dans la caverne (Le Seuil, 1990), Le troisième jour du communisme (Actes Sud, 1992), Une histoire du royaume Abron du Gyaman, des origines à la conquête coloniale (Éditions Karthala, 1995), Clausewitz (Fayard, 1999), Face aux abus de mémoire (Actes Sud, 2006).

Stéphanie Treillet est Maître de conférences en économie, membre du Conseil scientifique et de la commission « genre et mondialisation » d’Attac-France. Elle a notamment publié : « La société civile dans les stratégies des organisations internationales : quel acteur pour quel développement ? » (in Quels acteurs pour quel développement ?, dir. Froger et al., GEMDEV-Karthala, 2005), L'Économie du développement, de Bandoeng à la mondialisation (Circa, Armand Colin, 2006), « L’impasse de l’anti-développement » (in Institutions et développement, dir. Lafaye et Micheaux et al., P.U.R, 2007).

André Tosel est professeur émérite de philosophie à l'Université de Nice-Sophia Antipolis. Il a publié divers ouvrages et articles sur Spinoza, Vico, Kant, Marx, Labriola, Croce, Gentile, Jaurès, Gramsci, d'une part, et sur des questions de philosophie politique et sociale, d'autre part. Trois ouvrages sont en cours de publication: Spinoza ou l'autre (in)finitude (L'Harmattan), Un monde en abîme ? Essais sur la mondialisation capitaliste (Kimé) et Marxismes du XXe siècle (Syllepse).

Hilary Wainwright, sociologue féministe et militante socialiste britannique, éditrice de la revue Red Pepper. Directrice de recherches au Transnational Institute, Amsterdam, à l’International Labour Studies Centre de l’Université de Manchester et au Centre for Global Governance de la London School of Economics. Elle a notamment écrit: Beyond the Fragments, avec Sheila Rowbotham and Lynne Segal (Merlin Press, 1980²), et Labour, A Tale of Two Parties (Chatto and Windus, 1986).


ABSTRACTS

Jacques Bidet, A Short Treatise on Ideologies

The author proposes a general analysis of ideology, within the framework of his meta-structural theory of modern society. He identifies two « modern » types of ideology which can be contrasted with « traditional » ones. There are, to begin with, the « metastructural » ideologies which assume their specific outline, along with the corresponding « utopias » which constitute their critique, within the « metastructural field » that is marked by the « amphibology » which characterises the unresolved conflict or différend inherent in the metastructure of class, within the structuring civil context of the Nation-state. The other category is that of « systemic » ideologies. The latter are a feature of the capitalist world-system, in other words of the other dimension – international, imperialist, imperialist, colonial and postcolonial, barbarian of modernity. The challenge is thus to apprehend the relations between these three forms of ideology – the traditional, the metastructural, the systemic –, in other words, the social struggles concerning each of these forms.

A. Callinicos, D. Jervolino, M. Harneker, W. Haug, M. Modonesi, H. Wainwright, What Do Marxists Think of Alterglobalisation ?

In this discussion between researchers who are also actors in the social movements in different countries, the debate focuses on the appraisal of the alterglobalist movement, and on the objectives which can be outlined for it. Is it to be regarded as a merely conjunctural initiative, fated to fall into the rut of routine? Or, on the contrary, is it to be regarded as a force for the future which has now become indisputable and which is part of the dynamic and the thrust of the era? Should the movement take on a character that is broadly open to a reformist agenda, or should it take on a more radical orientation? And what, to conclude, is the role which Marxism can play in it?

Gérard Duménil and Dominique Lévy, Managerial workers and popular classes: between the traditional left, the alterglobalist mouvement, and anticapitalism

Key elements in the understanding of the social nature of contemporary radical lefts in France – the alterglobalist movement, what remains of the Communist party, and the “revolutionary” left – is their social basis and the social compromises they sustain. The components of this social basis are the fraction of managerial workers, both from the private and public sectors, that reject the neoliberal compromise, to the right, and act in favor of a compromise to the left, and the segments of popular classes of clerical and production workers whose political motivation is strong. Beyond the possible assertion of an “anticapitalist” stand, the programs of these lefts are evocative of the social democratic reforms of the first postwar decades, which had unsettled the foundations of the capitalist mode of production after the war, in particular by way of an increased state intervention. But, at issue, is a radical alternative, ecological and promoting social solidarity: a sharp break with the most shocking aspects of the social democratic compromise (its imperialist traits and its disregard concerning environment), and more demanding in terms of direct democracy.

Jean-Marie Harribey, Economie politique de la démarchandisation de la société.

We try to show that non-saleable services have a non-saleable monetary value which is not extracted from the private sector and redirected to the public sector but produced by the latter. Work done in non-saleable services is not exchanged for capital, nor is it exchanged for levied income. Instead, it is exchanged for income that is produced following a collective decision on the anticipation of collective needs. Monetary financing is necessary to start capitalist activity and public activity. We distinguish anticipation of production, financing of production and payment of production. They are three moments of the dynamic process of production. Thus, it is possible to formulate a political economy of the unmarchandizing of the society.

Michael Löwy, Ecological Crisis,  Capitalism and the Global Justice movement.  An eco-socialist viewpoint

 The ecological crisis, and particularly global warming, are becoming, very quickly, a major threat for humanity. The capitalist solutions being proposed − the Kyoto agreements − are utterly unable to confront the issue.  Eco-socialism proposes a radical alternative, a change in the paradigm of civilisation, overcoming the destructive logic of capitalist accumulation and transforming the established patterns of production and consumption. The struggle for such an alternative begins here and now, in all mobilisations that point towards an ecological sustainable future; the Global Justice movement is one of the main forces engaged in this struggle, bringing together, as in the initiatives of the Brazilian Landless Movement,  the social and the environmental demands. 

 

Marc Maesschalck. Alienation and Identity, A Confrontation between the Pragmatist Approaches of the Phenomenon of Religion and those of the Theology of Liberation

The aim of the article is to highlight the interest of confronting the neopragmatist perspective on the governance of religious groups in democratic public spaces and the approach formulated in the 1970s by the Theology of Liberation. The neopragmatist perspective, focusing as it does on the implication of religious groups in participatory processes, tends to sideline entirely the question of an indispensable transformation of the mechanisms of identificational alienation which are liable to block such participation.

Gérard Noiriel, History in Movement, Science and Democracy

In this interview Gérard Noiriel, the socio-historian, addresses the issue of the grounding of his research in a fundamental preoccupation with the articulation between democracy and science. He begins by emphasising the objective of a « history in movement » which draws sustenance from the confrontation between the past and the present, which postulates the respect of the dialogue with the other, and which imposes upon the historian the imperative of communicating as comprehensively as possible the results of one’s historical inquiry. The need to take into account the (frequently complex) epistemological debates between historians leads him to associate the demands of inquiry and action, notably within the CVUH, the Committee for Vigilance about the Uses of History , a collective enterprise of which he is a founder. Finally, in a professional career marked by a number of internationally-acclaimed publications, Gérard Noiriel chooses to focus on his recent work and more particularly on his commitment as a scholar in the Republic, and on the question of his own personal trajectory, which has been strongly influenced by the impact of a «militant counter-society ».

Dominique Plihon, Alterglobalism, modern form of capitalism?

The beginning of this paper is devoted to the analysis of the two facets of alterglobalism. Alterglobalism is first an intellectual and political stand, based on the criticism of neoliberal globalization. It is also a social movement which unites a broad ensemble of struggles and movements against neoliberal globalization. Then, the paper considers the various political and analytical trends underlying the movement: the Marxist criticism of capitalism, the post-marxist framework of Hardt and Negri, the Braudelian approach to globalization, the Keynesian criticism of finance and the heterodox thinking of Polanyi concerning the commoditization of society. The conclusion is that the common element shared by the various components of the alterglobalist movement is rather an “antiglobalist” than an “anticapitalist” stand.

Emmanuel Terray, The Nation-State as seen by its illegal migrants

Financial capital, the quintessence of nomadic mobility, requires a 15% return from economies where the GDP growth is between 2 and 3 %. The Third World worker, the agent most severely affected by the process, considers freedom of movement to be his or her most fundamental right. The migrant thus comes up against the obstacle which the Nation-State constitutes, insofar as the control which it exercises over its borders is the last means through which it can demonstrate its influence, in the context of a globalised economy. It is impossible to prevent the migrants from getting through. They are consequently subjected to a radical change in their status, being reduced to a condition of illegality. In other words, to a condition of vulnerability which weakens them and which weakens labour as a whole. Faced with the resistance which such a form of apartheid has provoked, Europe has moved towards a variants of such a policy and has transformed its immediate periphery into a cluster of new Bantoustans.

Nicolas Tertulian, The Concept of Ideology in The Ontology of Social Being

A considerable part of Georg Lukacs’s work is taken up with the question of ideological critique, or, to be more precise, the question of the connections between the history of thought, of literature, or of art, and the development of society. Lukacs formulated a hermeneutics of ideologies, a method based on the articulation between the internal critique of ideological constructions and the disclosure of their socio-historical roots. The chapter dealing with ideology in his work The Ontology of Social Being provides a synthesis of his views on the subject. At the heart of the analysis lie the distinctions between ideology and cognition, between ideologies with an immediate practical finality and the « pure ideologies » such as philosophy and art, along with the question of the manifestly functional and practical dimension of ideology and its connection with the purely « contemplative » activities of the mind. In its conclusion, the article emphasises Lukacs’s groundbreaking contribution, in particular through his elaboration of the Marxian concept of Gattungsmässigkeit (the specificity of humankind).

André Tosel, A Marxian Practice of Philosophy, Reason and A Symbolic Third Party

The question of Marx’s philosophy has, over time, given rise to various hypotheses which cannot be easily reconciled: dialectical materialism, a philosophy of praxis, a philosophy of social being, an ontology of non-being, a random materialism, a practical philosophy. It might be more useful if we were to take the mesure of Marx’s rationalist position as it elaborated, without its achieving any unified form, in relation to the question of religion.  One productive approach might therefore be to look into the critique of the religion of daily life under capitalism. To do so, one can follow the movement of the analysis of fetishisms, from commodity fetishism to that of the trinitarian formula. One can thus identify the instance of a practical reason to be defined by its politicality and historicity, a non-dogmatic reason centred on the reformulation of the thematics of the common good within the condition of being in the world, in what is increasingly becoming the non-world of capital. This rationalist position implies a reference to a rational « third party », which is not to be equated with any of the historical guises of the interpersonal symbolic third party.

Stéphanie Treillet, Gender instrumentalization in the new Washington consensus

During the last 20 years, the analyses and projects of international financial institutions emphasize the issue of gender, understood from a liberal viewpoint. This evolution reflects that of the societies of developing countries and reveals the contradictions of structural adjustment processes. But it is also telling of the “new Washington consensus” whose objective is to adapt welfare policies to the requirements of the overall commoditization of human societies. This evolution confronts social movements, notably feminist movements, to new challenges: the uncompromising defense of their autonomy in the perspective of universal struggles for women rights.