n° 34. La violence de la marchandisation

Septembre 2003

Numéro disponible en ligne sur le site du Cairn : http://www.cairn.info/revue-actuel-marx.htm


Sommaire

Présentation

Auteurs

Abstracts

Sommaire

 

Présentation

 

DOSSIER : VIOLENCE DE LA MARCHANDISATION  

Jacques Bidet, Paradoxes marxiens de la marchandise 

Eustache Kouvélakis, La résistible marchandisation de la force de travail 

Tony Andréani, La privatisation des services publics est une privatisation de la démocratie 

Maurice Cassier, L’expansion du capitalisme dans le domaine du vivant : droits de propriété intellectuelle et marchés de la science, de la matière biologique et de la santé 

Christopher May, La marchandisation à « l’âge de l’information » : droits de propriété intellectuelle, l’Etat et Internet 

Slavoj Zizek, Fétichisme et subjectivation interpassive 

X-Alta, Le gadget, ou la religion de l’objet dans la société totalement administrée 

L’ECONOMIE DE LA MARCHANDISATION 

Bernard Guerrien, Marchandisation et théorie économique 

Michel Husson, L’économétrie ou l’idéologie en équations ?  

Rémy Herrera, L’Etat contre le service public ? La face cachée de la croissance endogène 

INTERVENTIONS 

Alain Beaulieu, La politique de Gilles Deleuze et le matérialisme aléatoire du dernier Althusser 

David Simard, Un Marx Kantien ?  

Michael Löwy, Un Marx inattendu 

LIVRES 

Argentine 

François Chesnais, Jean-Philippe Dives, ¡ Qué se vayan todos ! Le peuple argentin se soulève  (Carlos Herrera) 

Poésie et Politique 

Christophe Hanna, Poésie action directe (Emmanuel Renault) 

Figures de l’Etat moderne 

Anne Verjus, Le cens de la famille. Les femmes et le vote, 1789-1848 (Jacques Guilhaumou) 

Alessandro De Giorgi, Il governo dell’eccedenza (Marco Enrico Giacomelli) 

Histoire du socialisme 

Stephen Resnick and Richard Wolff, Class Theory and History, Capitalism and Communism in the USSR (Roland Weil) 

Wilebaldo Solano, Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne (Michael Löwy) 

Modernité en question  

Fredric Jameson, A Singular Modernity. Essay on the Ontology of the Present (Nicolas Vieillescazes) 

 Zygmunt Bauman, Modernité et holocauste (Michael Löwy) 

Le jeune Marx ressuscité 

 Jean-Louis Lacascade, Les métamorphoses du jeune Marx (Eustache Kouvélakis) 

Du nouveau sur Le Capital 

 Christopher Arthur, The New Dialectic and Marx’s Capital (Jacques Bidet) 

 Hai Hac Tran, Relire Le Capital (Jacques Bidet) 

 

Présentation

On reconnaît généralement au marxisme d’avoir contribué à mettre au programme des sciences humaines et à l’agenda de la politique citoyenne la question aujourd’hui désignée comme celle de la « marchandisation » : le capitalisme tend à transformer tout bien social, produit ou naturel, et la force humaine de travail elle-même, en marchandises fonctionnant comme de simples moyens de profit. La thèse « économie de marché », qui identifie économie et marché, utilité et marchandise, est pourtant revenue plus que jamais à la mode. Et les fulgurantes mutations en cours dans l’ensemble du monde incitent à reprendre le débat : privatisation généralisée des services publics et des systèmes sociaux, montée en puissance des droits de propriété affectés aux productions scientifiques et artistiques, visées d’appropriation marchande de la nature elle-même. 

Le défi du marxisme est de rapporter ces faits à leur déterminants sociaux, qu’il désigne en termes de logique du capital, de pouvoir et d’Etat de classe, de domination à travers le système du monde capi­taliste. Ce défi est tourné vers l’action. Il ne s’agit pas seulement de ré­sister aux dérives du marché, mais, le faisant, d’ouvrir des alternatives. 

Comme la marchandise, qui se donne comme la chose la plus simple et la plus naturelle du monde, est en réalité un concept complexe et problématique, une chose « toute pleine d’arguties théologiques », disait Marx, on ne s’étonnera pas que le présent dossier s’ouvre par un ensemble d’études qui mobilisent diverses approches : sociologie et philosophie, histoire et politique, esthétique et psychanalyse. 

Jacques Bidet esquisse, en forme de rétro-prospective, une interprétation du legs paradoxal de Marx concernant le marché. Sa distinction formelle entre marché et marché capitaliste. Sa conception dialectique, c’est-à-dire réaliste, des relations tout à la fois fonction­nelles et contradictoires, entre le marché, le droit et l’Etat, entre le salariat et le marché. L’éclairage qu’elle apporte sur les vagues de marchandisation en cours et les luttes qui s’y opposent. 

Tony Andréani entreprend de fonder une « théorie des services publics ». Et il le fait sur la base du concept de citoyenneté : la finalité des services publics est très précisément de donner corps à la citoyen­neté, une citoyenneté indissociablement individuelle et collective. Elle implique donc tout à la fois des réquisits de niveau de vie, d’éducation et d’emploi pour les personnes, mais aussi de projet civilisationnel commun, donc la maîtrise de biens d’usage collectif, tels que l’eau, l’électricité, le téléphone et les transports. Biens sociaux distingués des biens privés. Les privatiser, c’est privatiser la démocratie elle-même, la réduire, à travers le suffrage censitaire des consommateurs, aux intérêts du profit capitaliste. A partir de là, il démonte point par point les arguments économiques avancés en faveur des privatisations. 

Eustache Kouvélakis met en lumière, au centre de la contre-réforme néolibérale, une « remarchandisation de la force de travail », qui vise à détruire des conquêtes sociales séculaires. Il invite à comprendre le marché comme tout autre chose qu’un simple lieu de transaction interindividuelle : comme une réalité politique, une instance de concentration de forces sociales. Au cœur du dispositif, l’Etat capitaliste, qui assure les tâches rejetées sur lui en extériorité : gérer la production d’un flot compétent et discipliné, chaînon décisif de la reproduction du capital, assurer sa mobilité et sa mobilisation, produire et dire le droit, dans ses formes mystificatrices, asymétriques, lieu pourtant aussi de résistance. Les « forces de travail », en permanence soumises à la violence de leur transformation en marchandises, s’affirment cependant irréductibles à toute marchandisation. Le nou­veau cours de cette résistance est analysé à travers le mouvement alter-mondialisation et une nouvelle critique de la marchandise, illustrée par Naomi Klein. 

Christopher May étudie le déploiement impétueux de la marchan­disation de la production immatérielle. Contre ceux qui annoncent une nouvelle époque, il met en relief la continuité d’un processus qui ne fait que s’exercer sur des objets sans cesse nouveaux. Et contre l’idée d’un déclin de l’Etat, qui serait relayé par un nouvel ordre économique mondial supposé non étatique, il montre qu’il n’y a pas de marché sans droit, ni de droit sans Etat. Car ce sont les Etats les plus puissants qui coordonnent leur capacité de contrainte pour arracher à leurs concep­teurs, personnes privées ou organismes publics, les produits du travail intellectuel. Ceux-ci se trouvent ainsi appropriés à travers les brevets et copyrights par les multinationales, qui les soumettent à de lourdes conditions financières d’utilisation, freinant d’autant leur diffu­sion. Les accords internationaux qui tendent à soumettre au paiement de droits tout accès à l’information, notamment scientifique, sur Internet viennent encore limiter l’usage démocratique des savoirs. Ces questions échappent aux instances onusiennes, où pouvaient encore s’affirmer des perspectives de développement et d’émancipation, pour passer sous le contrôle de l’OMC, à philosophie purement commerciale. Il s’esquisse cependant aujourd’hui toute une ligne de résistance, à travers des pratiques inédites. 

Maurice Cassier développe ici les résultats d’une recherche sur l’extension de la propriété industrielle sur les organismes vivants et leurs composants – gènes ou cellules, humains et non-humains –, et l’émergence de nouveaux marchés de la science, de la biotechnologie et de la santé. Il montre comment la prise de brevets de produit sur la matière vivante elle-même favorise la constitution de monopoles sur les inventions médicales et agronomiques en même temps qu’elle conduit à des restrictions dans les échanges scientifiques. Il propose d’instituer les génomes, humain et non-humains, comme des « biens communs », en vue de la recherche, de l’amélioration des plantes et de la santé. L’accessibilité des innovations médicales ou agronomiques apparaît comme le facteur-clé de l’économie de la recherche. Elle est au centre d’une confrontation entre le capital et l’humanité. 

Les animateurs de la revue X-ALTA, qui continue à sa façon les traditions de l’Ecole de Francfort, nous proposent une réflexion autour de la religion de l’objet : autour du « gadget », pris pour type idéal de la violence marchande. Ils construisent une typologie des subjectivités gadgétisées, telles qu’elles se manifestent inlassablement sous les catégories du « nouveau » et du « post ». Et ils définissent ainsi un objet de recherche : une psycho-dynamique du gadget, qui aurait pour tâche de défaire les subjectivités de leurs liens à ces objets morts. 

Slavoj Zizek reprend la question marxienne du fétichisme à partir de concepts psychanalytiques. Les agents savent bien que derrière les rapports entre les choses il y a des rapports entre les personnes. Mais ils agissent comme s’ils ne savaient pas. Ils se laissent simplement aller aux choses, qui pensent pour eux. Il n’est pas en effet de subjectivité immédiate présente à soi à qui la croyance puisse être attribuée comme telle. Dans le fétichisme, ce sont les choses sociales qui croient à notre place. Et l’auteur nous renvoie au transfert du sujet sur le signifiant, sur le grand Autre qui pense à notre place. Le geste critique est dans l’affirmation d’identité : c’est toi qui y croies, à travers l’autre. 

Une seconde partie du dossier`a étÉ pmus spécialement confiée à des économistes, qui abordent la question dans un langage plus technique, tout en restant pédagogiquement accessible à un large public. 

Bernard Guerrien replace la marchandisation dans le cadre des théories économiques du marché. Il centre sa démonstration sur ce paradoxe : la théorie économique dominante n’a pu se donner d’autre fondement que celui que procure la vision extrêmement centralisée d’un marché « parfait ». À partir de là, la notion même de « mécanismes de marché » devient très problématique, et les discours qui mettent en avant leur efficacité, fort incertains. 

Michel Husson aborde une question centrale dans cette théorie dominante, celle du chômage, analysé comme la conséquence de salaires trop élevés, qui intervient dès que l’on touche aux mécanismes supposés du marché. Il met en cause les procédés utilisés pour valider cette hypothèse, qui semble rétive aux formalismes même les plus sophistiqués. Loin de dominer par ses seuls effets de connaissance, l’économie dominante relève elle-même de la domination économique. 

Rémi Herrera propose une critique des modèles de croissance endogène. Ceux-ci sont généralement présentés comme une macro-dynamisation de l’équilibre général walrasien, en rupture avec Solow, identifiant les moteurs actuels du progrès technique et de la croissance grâce aux externalités et rendements croissants. Ils réhabiliteraient l’intervention de l’État, surtout en matière sociale, traduisant le rapprochement entre les problématiques néo-classiques et hétérodoxes. Cette critique met en lumière la face cachée de cette nouvelle synthèse, et particulièrement les ambiguïtés de sa redéfinition du rôle de l’État. 

Hors dossier deux interventions philosophiques. 

Alain Beaulieu confronte la politique de Deleuze et le matérialisme aléatoire que nous révèlent les textes du dernier Althusser, où certains voient une matrice capable d’accueillir un certain nombre de pensées politiques dites post-structuralistes. Cela n’est, à ses yeux, qu’en partie vrai. Ce qui unit les deux philosophes, c’est, au nom d’un principe de contingence, leur refus commun d’élaborer une théorie politique totalisante. Ce qui ne doit pas occulter la différence entre eux quant à la façon d’actualiser ce programme. On peut le voir à l’examen d’un certain nombre de thèmes tels que la critique de la dialectique, le matérialisme épicurien, la donation de sens et l’unité du monde. 

Tout un courant propose aujourd’hui un retour à Kant. Et c’est la voie sur laquelle s’engage Denis Collin, en réaction au scientisme d’un certain marxisme naguère établi. David Simard lui oppose qu’on ne fait pourtant ainsi que chercher à réconcilier l’inconciliable et reproduire, sous forme idéalisée, le même principe de domination : l’érection d’une norme extérieure à la praxis. 

Michaël Löwy, enfin, commente ici le fragment le plus inattendu du Marx, qui concerne le suicide. Ce fragment présente la particularité de… ne pas avoir été écrit par Marx, qui ne fait que le commenter, mais avec une belle véhémence, anti-répressive et anti-patriarcale. 

 Actuel Marx

Auteurs

Tony Andréani est professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Paris VIII. Il a publié récemment Un être de raison, Critique de l’homo œco nomicus, Editions Syllepse, 2000. Le socialisme est (à)venir, tome 1, L’inventaire, Syllepse 2001, et dirigé (avec Michel Vakaloulis) Refaire la politique, Syllepse, 2002. 

Alain Beaulieu, a soutenu une thèse de philosophie intitulée Gilles Deleuze et la phénomé­nologie à l’Université de Paris VIII. Il est le coordinateur principal d’une équipe de recherche au GRASP/Centre-FCAR (Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la pré­vention) de l’Université de Montréal. Après avoir consacré quelques articles à la pensée de Gilles Deleuze, il prépare un projet d’études postdocto­rales sur la renaissance spinoziste et la critique du pouvoir en philosophie contempo­raine.  

Jacques Bidet. Professeur émérite et directeur de recherches à l’Université Paris-X, Directeur de la revue Actuel Marx, Président du Congrès International Marx. Principales publications : Théorie de la modernité, PUF, 1990. John Rawls et la théorie de la justice, PUF, 1995. Théorie générale, Théorie du droit, de l’économie et de la politique, PUF, 1999. Que faire du “Capital” ?, PUF, 2000. Dictionnaire Marx Contemporain, en co-direction avec Eustache Kouvélakis, PUF, 2001. Explication et reconstruction du Capital, à paraître aux PUF en 2004. Textes sur site : http://perso.wanadoo.fr/jacques.bidet/  

Maurice Cassier, sociologue au CNRS, travaille au Centre de Recherche Médecine Sciences Santé et Société. Ses travaux portent sur les relations entre la science, l’industrie et la santé, aujourd’hui et au XIXème siècle. « Brevet et éthique : les controverses sur la brevetabilité des gènes humains », Revue Française des Affaires Sociales, septembre 2002, « Private Property, Collective Property, and Public Property in the Age of Genomics », The International Social Science Journal, vol 171, March 2002, « Propriété industrielle et santé publique », revue Projet, vol. 270, 2002.  

Bernard Guerrien enseigne les mathématiques et la théorie économique à l’Université Paris 1. Il est membre du Matisse (CNRS-Paris 1). Parmi ses dernières publications, il y a un Dictionnaire d’analyse économique (La Découverte, 2ème éd., 2002), un ouvrage sur La théorie économique néo-classique (La Découverte, 1999) et un autre sur La théorie des jeux (Economica, 3ème édition, 2002).  

Rémy Herrera, économiste, est chercheur au CNRS, UMR 8595, Université de Paris 1. Il a notamment dirigé Cuba révolutionnaire Tome 1. Histoire et culture, L’Harmattan, 2003. 

Michel Husson économiste. Nombreux ouvrages, dont Le grand bluff capitaliste, Editions La Dispute, 2001. Textes mis à disposition sur http://hussonet.free.fr 

Eustache Kouvélakis est maître de conférences en théorie politique à l’Université de Londres (King’s College). Il est notamment l’auteur de Philosophie et révolution. De Kant à Marx (PUF, 2003) et a co-dirigé, avec Jacques Bidet, le Dictionnaire Marx Contemporain (PUF, 2001). 

Michael Löwy. Brésilien d’origine, vit à Paris depuis 1969. Directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’EHESS. Auteur de dix-sept livres parus en vingt-quatre langues dont : La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Maspero, l970. Pour une sociologie des intellectuels revolutionnaires. L’évolution politique de Lukacs l909-l929, PUF, 1976. Paysages de la Vérité. Introduction à une sociologie critique de la connaissance, Paris, Anthropos, l985. Révolte et Mélancolie. Le romantisme à contre-courant de la modernité (avec R. Sayre), Payot, l992. La Guerre des Dieux. Religion et Politique en Amérique Latine, Editions du Felin, 1998. Walter Benjamin. Avertissement d’incendie. Une lecture des thèses « Sur le concept d’histoire », Paris, PUF, 2001.  

Christopher May est Senior Lecturer en économie politique internationale à l’University of the West of England (Bristol) où il enseigne l’économie politique internationale et la politique internationale. Ouvrages sur l’histoire et les effets mondiaux de la propriété intellectuelle : The Information Society. A sceptical view (Polity, 2002) et en coédition, Authority and Markets (Palgrave 2002). email :christopher.may@uwe.ac.uk 

David Simard, directeur de la rédaction de la revue de philosophie et de sciences humaines Res Publica (PUF), enseigne la philosophie au Centre de Formation de l’Essonne. A publié plusieurs articles, dont « La liberté au-delà de la démocratie », Res Publica, n° 24, mars 2001), « Comment défendre la philosophie », Place aux sens, n° 3, décembre 2001) et « Démocratie sans frontières ? »,  Res Publica, n° 33, mai 2003.  

Slavoj Zizek est chercheur à l’Institut des Études Sociales de Ljubljana (Slovénie). Auteur d’une vingtaine d’ouvrages traduits dans plusieurs langues. Parmi ses récentes publications en français, signalons : Le spectre rôde toujours. Actualité du Manifeste du Parti Communiste, Nautilus, 2002, Subversions du sujet. Psychanalyse, Philosophie, Politique, Presses Universitaires de Rennes, 1999 et Essai sur Schelling. Le reste qui n’éclôt jamais, L’Harmattan, 1997.  

X-ALTA est un collectif autogéré, créé en 1998, dont l’action vise à participer à l’analyse théorique critique et à la transformation pratique du monde social par l’organisation, la traduction et la diffusion de documents permettant la réflexion critique sur les phénomènes sociaux, politiques et culturels. La revue X-Alta, soutenue par un comité scientifique international, a déjà abordé les thèmes suivants : tentation du bonheur sportif, multiculturalisme, social-sodomie et servitude volontaire, police et corps du texte (<www. x-alta. org>). Numéro à paraître : Psychodynamite du gadget, n° 7,

Abstracts

Tony Andréani. The Privatisation of Public Services : a Privatisation of Democracy ? 

The article argues that the role of public services goes beyond the provision of « public goods », insofar as they provide « social goods » which form the necessary conditions for the exercise of citizenship, in its political, social and economic dimensions. The article shows that the arguments put forward in support of privatisation are in fact specious, and have been refuted by what has emerged in the wake of privatisation : in essence, a privatisation of democracy, insofar as universal democracy has given way to a consumer vote conditional on a property qualification, a process carried out in dutiful subservience to the interests of financial capitalism. 

Alain Beaulieu. The Politics of Gilles Deleuze and the Random Materialism of the Late Althusser

 A cursory reading of the writings of the late Althusser in which the philosopher attempts to devise a « random materialism » might lead us to regard them as the matrix from which a number of post-structuralist conceptions of politics, including that of Gilles Deleuze, have sprung. Our intention in the present article is to demonstrate the partial nature of such a filiation. To do so, the article focuses on the relationship between the late Althusser and the Deleuzean conception of politics. It will thus examine the refusal, common to both philosophers, to elaborate a totalising theory of the political and their concomitant invocation of a principle of contingency. Such an affinity should not however disguise the differences between Althusser and Deleuze with regard to the manner in which the actualisation of such a programme is to be envisaged. 

Jacques Bidet. Marxian Paradoxes of the Commodity

 He sketches a succinct interpretation of the paradoxical legacy of the Marxian legacy concerning the market. His formal distinction between market and capitalist market. His dialectical, i.e. realistic conception, of both fonctionnal and contradictory relations between market, law and State, between wage-earning and market. And the light this approach throws on the ongoing processes of commodification and on the way the fight goes on. 

Maurice Cassier. Capitalism’s Expansion into the Realm of the Biosphere.

The extension of the rule of industrial property over living organisms and their components – genes and cells, both human and non-human – since the end of the 1970s, has gone along with the emergence of new markets in science, biotechnology and in health. The article argues that the filing of patents to protect private claims on living matter is a development which promotes the establishment of a monopoly control over inventions in the fields of medicine and agronomy, while at the same time fostering a restriction in exchanges within the scientific community. The article therefore argues the case for a declaration that genomes, human and non-human, be considered as a common good, in terms both of the research carried out for the improvement of plants and health and of the accessibility of the medical innovations resulting from such research. 

Bernard Guerrien. Commodification and Economic Theory

The question of « commodification » cannot be separated from the more general question of the definition of the market, or from the particular conception of the market to which one subscribes. The article argues that the conception of the market which prevails within the dominant economic theory is – paradoxically – an extremely centralised vision of the « perfect » market, a conception which undercuts the claims put forward in support of the putative « efficiency » of « market mechanisms », the theoretical status of which is, to say the least, somewhat blurred.

Rémi Herrera. The State against Public Service ? the Hidden Side of Endogenous Growth

Models of endogenous growth are generally considered to be endowed with the following properties : 1. A macro-dynamisation of the general Walrasian equilibrium ; 2. A rupture with the Solow paradigm ; 3. A capacity to identify the forces which are currently driving technical progress and growth, by way of an increase in externalities and yields ; 4. A rehabilitation of state-intervention, particularly in the social field ; 5. A capacity to effect a rapprochement between the neo-classical and heterodox paradigms. The article, arguing that such positions, which have given rise to a consensus, are seriously flawed, casts light on the latter’s « hidden side », in particular the ambiguities lurking at the heart of its redefinition of the role of the State. 

Michel Husson. Econometrics : Ideology in Equations ? 

Within the terms of the dominant theory, unemployment can only be the consequence of excessive wage-levels. The procedures resorted to in support of such a hypothesis do however tend to violate a reality which remains stubbornly recalcitrant, even when the most sophisticated devices of formalisation are adopted. Since the domination exercised by the dominant economic model is not a function of its actual epistemological productiveness, it is worthwhile to reflect on the operational conditions governing a field that is polarised between theory and ideology. 

Eustache Kouvélakis. The Resistible Commodification of Labour

The article argues that the renewed commodification of labour – the primary aim of neo-liberal policies aimed at the destruction of long-established and hard-won social rights – has played a major role in the commodification of a growing number of social practices. The process of commodification is examined by way of a number of concepts drawn from the Marxist tradition, which are then reappropriated within the current phase of the neo-liberal counter-reform. The article concludes by way of an examination of this process in relation to the issues raised by the anti-globalisation movement and, more specifically, from the standpoint of the critique of commodity put forward by Naomi Klein. 

Michael Löwy. Unusual Marx

« Peuchet : vom Selbstmord » (1846 is to a large extent composed of – translated – excerpts from Peuchet, a former head of the French police archives under the Restoration. This small and almost forgotten article is, in fact, one of the most powerful indictments of womens' oppression ever published under Marx's signature and a precious contribution to a richer understanding of the evils of modern bourgeois society, of the suffering that its patriarchal family-structure inflicts on women, and of the broad and universal emancipatory scope of socialism. 

Dr Christopher May. Commodifying the « Information Age » : Intellectual Property Rights, the State and the Internet

 Information and communication technologies are seen as one of the key catalysts of the compression of space and time which globalisation has heralded. However, only the reification of the (global) market makes plausible an argument for a significant decline in the efficacy of the state, or the claim that we have entered some new phase of global economic organisation. Reifying the market obscures the underlying supports on which information age capitalism continues to rest, most importantly the continuing centrality of commodification for capitalism’s global reproduction. In this article I examine the commodification of the « new economy » which has emerged across the Internet. Drawing on Marx (and Marxist) work on the role of law in capitalism I stress that the centrality of intellectual property rights to the « new economy ». This suggests we need to recognise the continuing processes of capitalist commodification, not celebrate a new epoch of economic organisation. 

David Simard. A Kantian Marx ? 

The historical experience of Stalinism has led some Marxists to endeavour to save Marx by way of an enterprise of moral reconstruction. Denis Collin thus hopes to find the principle of Kantian morality hiding in Marx’s opus. Such a strategy does not merely attempt to reconcile the unreconcilable. The path it adopts is one which leads to a re-idealised version of certain tendencies which, in their naturalised avatar, had paved the way to Stalinism and, by establishing a norm outside of praxis, had justified various enterprises of domination 

X-ALTA. Gadgets : the Religion of Objects in a Comprehensively Administered Society

The fall-out from commodity violence is evident in the current status of gadgets, here considered as an ideal-type. The article therefore puts forward an analysis of four instances of gadgetised subjectivity, whose interpenetrations can be located in the categorical architecture of the « new » and the « post ». The task of a psychodynamics of gadgets would therefore involve an unravelling of the links between dead objects and subjectivities converted into a mystico-positivist substance. 

Slavoj Zizek. Fetishism and Interpassive Subjectification

What happens when, in the face of postmodern capitalism, the subject watches as its activity falls prey to the strange forces embodied in the objects present in its immediate environment ? To answer this question, we must take up again the Marxian notion of commodity fetishism. In doing so, we must combine a structural approach with the more traditional approach drawing on the category of reification. The phenomenon of interpassive subjectification, like the omnipresent imperative of frenzied activity, can thus be shown to be one of the emblematic traits of the contemporary versions of our fetishised universe.